dimanche 26 octobre 2008

"Un new deal hors sujet" par Malakine

Nicolas Sarkozy a voulu faire sensation avec un nouveau discours volontariste en forme de new deal pour relancer une machine économique asphyxiée par l’épuisement du modèle : Soutien à l’investissement productif par une suppression de la taxe professionnelle, création d’un fonds souverain pour relancer une politique industrielle volontariste, programme d’investissement miraculeux de 175 Milliards … On serait tenté d’applaudir à ce retour de la volonté en politique et de l’Etat dans l’économie.

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour savoir qu'il ne sera d'aucun effet. Premier indice : Dès le lendemain matin, la bourse de Paris a salué cette relance par un plongeon de 10 % !

Le plan de soutien à l'économie a été invalidé encore beaucoup plus sûrement par les annonces des groupes automobiles. Compte tenu de la déprime de la demande, Renault va suspendre la production de ses usines pour au moins deux semaines, Peugeot réduire sa capacité de production de 30 % d'ici la fin de l'année.

Pourtant Renault est l’entreprise prototype du nouveau capitalisme d’économie mixte annoncé par Sarkozy dans son discours, l’Etat détenant déjà encore 15% du capital. Et cela ne change malheureusement rien à la réalité du carnet de commande. Quand le marché automobile se contracte, il n’y a pas d’autre solution que de réduire l'activité.

Les prises de participations publiques, il fallait les faire dans les périodes de croissance pour contenir les tendances à la délocalisation et investir dans l’outil de production sur le territoire national. Maintenant, c’est trop tard. Cela pourra peut-être protéger les entreprises françaises d'éventuels prédateurs, même si pour l'instant la menace des fonds souverains est encore très hypothétique. Ce n’est pas une entrée de l'Etat au capital des grands groupes qui permettra de relancer l’activité.

L’Etat peut une nouvelle fois annoncer la prochaine suppression de la taxe professionnelle, ce n’est pas cette incitation fiscale qui décidera les entreprises à investir dans un contexte aussi dépressif.

A l’époque pas si lointaine de la mondialisation triomphante, la France souffrait d’un déficit d’offre productive sur son sol. C’est à ce moment là qu’il fallait investir et muscler l’appareil productif plutôt que de créer des emplois de services à la personne et développer un capitalisme d'Etat offensif dans la compétition internationale.

Le problème ce n’est plus l’offre. C’est la demande. L’économie mondiale qui était tirée, non pas par la miraculeuse croissance chinoise, mais par l’endettement, est maintenant à l’arrêt. Sous le double effet du surendettement et du crédit crunch, le moteur à calé. Il n’y a plus de demande.

La vraie relance ne pourra venir que d’une augmentation des salaires et d’une réindustrialisation de l’Europe occidentale, ce qui ne sera envisageable que dans un cadre véritablement protectionniste et concerté à l’échelle du continent. Combien de fois faudra t-il le répéter ?

A ce propos, Sarkozy a tombé le masque en dénonçant dans son discours lui aussi la « tentation protectionniste ». C'est désespérant. Car même les tenants de l'autre politique s'y mettent.Chevènement vient en effet dans une tribune publiée sur son blog et sur Marianne2 d'évoquer la menace protectionniste

20071105ChevenementInside Sans doute un plan de relance coordonné à l’échelle mondiale pourra-t-il limiter la tentation d’un retour au protectionnisme aux Etats-Unis. Il faudra que les pays excédentaires en matière d’épargne et de commerce extérieur (Chine, Japon, Allemagne) acceptent de jouer un rôle de locomotive dans cette relance.

Le che oublie une donnée fondamentale, lorsqu’il compte sur ces pays pour reprendre le flambeau du consommateur final de la mondialisation. Emmanuel Todd a montré dans l’illusion économique l’existence de différentes formes du capitalisme en fonction des systèmes anthropologique : Les pays de famille souche (Autorité+inégalité : Japon, Allemagne) sont structurellement orientés sur la production, l’exportation et l’épargne Les pays de famille nucléaire absolue (liberté+inégalité: Etats-Unis, Angleterre) structurellement orientés vers la consommation, l’importation et la dette. Ces données anthropologiques ne changeront pas par la magie de la crise.

Non seulement l’Allemagne n'a pas les moyens de se mettre à consommer en raison d'un forte dette publique et d'une économie exportatrice privée de débouchés. Mais elle ne le fera pas car telle n’est pas sa culture. La vocation de l’Allemagne, même dans un cadre de protectionnisme coopératif de relance, sera toujours de produire pour d’autres qui consommeront. Il n'est même pas certain qu'elle puisse comprendre que son intérêt est de s’assurer des débouchés pour ses productions en Europe, en favorisant la relance de la demande intérieure de ses voisins.Quand on ne peux pas penser la demande intérieure pour soi même, on ne peut pas non plus la penser pour les autres.

La Chine pourrait en revanche changer de modèle car sa structure familiale est de type communautaire, comme la Russie, donc compatible avec une économie autocentrée, tirée par la demande intérieure. La composante égalitaire de la famille communautaire (égalité+autorité) induit en effet l’idée d’un équilibre des échanges. Malheureusement la taille des économies, russe et chinoise, ne pourront pas en faire à elles seules des moteurs capables de tirer avec leur seule demande intérieure toute l’économie mondiale.

Pour convaincre le monde de changer de modèle économique en donnant la priorité partout à la stimulation de la demande par une politique de hausse des salaires, il faudrait que le message vienne d’un pays, culturellement apte à penser un protectionnisme de relance (1), suffisamment grand pour pouvoir entraîner les autres, si possible, gouverné par un homme d’Etat énergétique et s’il pouvait assurer la présidence de l’Europe, ce serait encore mieux. Quand est-ce que Sarkozy va le comprendre ?

Comme le disait Laurent cette semaine "Nous sommes ici dans un scénario plus dangereux où les marchés continuent à baisser alors que l’économie est déjà en récession : l’économie financière et l’économie réelle s’entraînent mutuellement vers le fond. Nous sommes peut-être dans un scénario proche de celui de 1929, où les marchés n’arrivent pas à s’équilibrer et où la dépression nourrit la dépression. Heureusement, nous sommes en 1929 et pas en 1933 ! Il y a encore des moyens d’agir pour éviter une contraction trop brutale de l’activité".

Malheureusement, on en prend toujours pas le chemin.

Malakine

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